Yofune Nushi

 

Asagao ya

Kore mo mata waga

Tomo narazu - Yosa Buson

(ah ! belle-de-jour

qui non plus ne deviendra

jamais mon amie) 

 

Les shojis filtrent les rayons

Tiédissant l’antre du dragon.

La belle captive quitte le bain, 

Vêtue d’écume dans le matin.

 

Nushi l’attend à la fontaine

Avec entre ses doigts un peigne.

Il glisse ses cuisses contre ses hanches,

Lisse ses cheveux d’une main franche

Les nouant sans la moindre peine.

 

L’étrange parade nuptiale

Du reptile à l’offrande,

Curieux cérémonial

Du yin et de son yang

Une danse parmi les cygnes

Un lotus pour insigne.

 

Parés d’hyacinthe, d’ambre et de jade, 

Ensemble ils goûtent la promenade,

Enivrés par l’awamori,

Floutant les bordures du pourpris.

 

La journée s’étire en volutes

Et toujours l’être froid transmute.

Ses écailles s’échauffent au soleil

Le parant d’un manteau vermeil.

 

Peau à nu sur la dalle basaltique,

Leurs silhouettes hantent les portiques.

Peu à peu à l’ombre des palmes 

Bourreau et amant s’amalgament,

En une entité magnétique. 

 

La nymphe assiégée par son miel

Défie l’hypnose de ses prunelles

C’est lui qui chavire sur ces eaux

D‘iris bleus ainsi faits fanaux

Ensorcelants, surnaturels.

 

Kane kiete

Hana no ka wa tsuku

Yûbe kana - Yosa Buson

(la cloche se tait

parfum de fleur en écho

ah ! quelle soirée)

 

La vertu des roses

 

Si tu traînes ta carcasse

Au fin fond de la grande ville

Tu verras maints volatils

Dont se repaissent les rapaces.

 

Ces filles, tendres oiseaux de nuit

Vêtues le jour d’habits de pluie

Sont toutes les larmes du ciel

Sous leurs sourires artificiels.

 

Elles sont pires que Carabosse

Avec leurs airs de grandes reines,

Et leurs p’tits sourires de gosse

Te f’raient croire à la Fée Marraine !

 

Elles plument, le feu jamais ne dort

Dindes dingues des dandys d’or,

Leurs roses se donnent en grand buffet

Dans les cabines du cabaret.

 

Ces filles, hélant dans la nuit,

Mais que la journée on oublie,

Sont plus qu’un péché véniel

Au jugement de l’éternel.

 

Belles courtisanes de minuit

Dont nul prétendant éconduit

Ne pourra cracher son fiel

Suite à leur geste sacrificiel.

 

And the baronet’s roar could be heard up to five miles away !

"Ma Suzanne, coup de massue sur mon crâne,

Anémone de l’âme, je suis ton clown et ton âne,

Bâté, battu, buté, bête,

Balbutiant balivernes et billevesées !»

Le bluff des théières

 

Vois cette galerie sombre,

Ce tunnel où dansent les ombres

De jumeaux dans leur terrier

Devrais-je dire leur atelier.

 

À leur grande table les frères

Montent une machine étrange

Faite d'un réseau de théières

Et de liens en cheveux d'anges.

 

Peu me chaut de les visiter

Ces deux jumeaux aux airs camés

Et leur valet aux roses fanées.

Peu me chaut de les rencontrer

Une Mare de Larmes je verserais

Si vous n'me laissez pas danser.

 

Sur un coussin en poils noirs

Dort un drôle de chat imberbe

Aussi paisible qu'un Loir

Qui aurait fumé de l'herbe,

 

Tandis que leur assistant

Se jette sur les vesses de loup,

Sans ôter chapeau ni gants

Il se goinfre comme un fou.

 

Peu me chaut de les visiter

Ces deux jumeaux saoulés au thé

Et leur valet champignonné.

Peu me chaut de les rencontrer

Votre tête je couperais

Si vous n'me laissez pas valser.

 

Quand Bibi fait irruption,

On le presse sans ménagement :

Pour ouvrir toute discussion

Il doit jouer loyalement.

 

Il commence avec les frères

À couper en dés les cartes

Pour une partie de poker

Ici plus sacrée qu'une charte.

 

Peu me chaut de les contempler

Ces deux jumeaux hallucinés

Et M'sieur Béret l'illuminé.

Peu me chaut de les rencontrer

La reine de cœur je piquerais

Si vous n'me laissez pas giguer.

 

La petite fille blonde se plaint :

Elle s'ennuie dans ce fumoir.

Aussi suit-elle un lapin

Qui fuit derrière le miroir.

 

Quittant cette bacchanale,

Elle volte et se carapate 

Sans attendre leur aval

En criant " échec et mat ! "

 

 

 

 

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